Aujourd'hui je me réveille avec l'amertume d'un monde qui ne veut pas de moi, j'ai pourtant cherché à m'intégrer, à me faire à l'idéologie générale d'un monde utopique mais rien n'y a fait et voilà maintenant je me retrouve entre ces quatre murs pour un crime dont je ne suis pas l'auteur, dont je n'ai jamais voulu ce dénouement si tragique, je n'ai jamais voulu que le monde me regarde avec toute la haine qui lui est propre mais voilà une fois de plus je n'ai pu éviter de me retrouver dans le box des accusés. J'ai vu beaucoup de personnes y venir par le passé et je sais très bien que peu d'entre eux s'en sont sorti, si seulement je pouvais avoir cet infime espoir d'être un de ces rares rescapés d'un trouble, que dis-je d'un malaise éternel lié à l'homme depuis la nuit des temps, mais la culpabilité me ronge les entrailles depuis trop longtemps pour que cette petite flamme qui me maintient à présent dans la réalité ne perdure au-delà du temps et de l'espace, je le sens bien je change chaque jour que Dieu fait...pff...un Dieu auquel tant de personne se rattache dans une sollicitude navrante car je le devine même lui me regarde, peut-être, mais du box des plaignants, ceux qui me condamne sans vergogne, ceux qui me jugent sans me connaître pour cette faute, de crime absurde qu'il ne comprenne même pas, qui semble si irréel quand on y pense et pourtant si perceptible dans la vie quotidienne, tout le monde est capable de commettre l'irréparable erreur que j'ai fait mais personne ne le vois tel que moi...personne...juste moi...
Voilà le jour du jugement est enfin arriver, même si la clémence futile d'une amnistie est vaine dans mon esprit ce jour pourrait marquer une certaine délivrance de ce tourment trop lourd à porter sur mes épaules si souvent fouettées par les coups du sort, enfin la vie ne nous porte pas toujours dans son c½ur et certain doivent vivre en martyr et mourir en martyr même si d'autre pense que la lamentation n'est qu'une preuve de faiblesse...ils ont peut être raison...de toute façon nous vivons dans une jungle et il n'y a pas de place pour les faibles...pas de place pour moi. Hier soir, dernière nuit avant ce jour, j'ai fait un rêve étrange où je me promenais le long d'une allée fleuri, ce sentiment je ne l'oublierai jamais, un sentiment de bien être total, tout simplement, et je souris à tant de simplicité qui font que la vie est belle, juste une main tendue vers soi, un regard pétillant et un sourire...ce sourire qui pourrait balayer tous les maux de la terre s'il était partagé...parfois j'aimerais vraiment m'endormir à jamais et vivre ce rêve éternellement, ce serait si beau...mais une fois de plus je me rends coupable de l'ironie du sort et de l'utopisme de mes souhaits qui ne se réaliseront jamais. Alors à quoi bon lutter contre ces rêves chimériques, si les démons de notre passé nous hante sans cesse, harcelant notre âme, l'enfer eut été plus doux qu'une vie comme celle là. L'audience commence...
Une fois de plus je suis seul, dans ce petit box étroit, ma chlostrophobie me serre le ventre et la gorge et j'ai l'impression de m'évanouir et pourtant je vois toute la scène devant moi comme un poisson dans un bocal, un monstre de foire que l'on expose au monde, les gens me regarde, certains on de la peine et d'autre rigole de mon sort...et je n'ai plus de sentiments dans le regard, moi je les vois comme des morceaux de chair...sans c½ur...sans âmes...sans vie...alors que j'aurais tant voulu le contraire, voir des gens éprit d'amour devant ma dépouille encore intacte, faut-il mourir pour enfin être heureux ??? Je ne pense pas, sincèrement, mais ce sentiment est si souvent présent dans mon esprit qu'il me fait douter parfois, et je marche sur la ligne ne sachant jamais de quels côtés aller...
Les avocats font leurs plaidoiries mais étrangement tous deux sembles d'accord sur ma faute, complotant sur comment faire au plus vite pour mettre un terme à cette mascarade inutile...non en fait le plaisir est trop grand et le sujet s'étend, pour mieux voir mon visage se dégrader au fur et à mesure que ce procès n'avance comme une tragédie grecque, seulement le premier rôle meurt à la fin, vais-je mourir ??? L'audience est levée...
Je reste seul dans l'immense salle de ma conscience, passant une dernière fois ma vie dans ma tête, essayant vainement de reconstituer les morceaux d'une vie brisée...mais je n'y arrive pas, je n'arrive même plus à revenir sur mes réelles erreurs, celles qui me cloîtrent à présent ici, les jurés débattent de mon sort...mes oreilles sifflent de plus en plus, et l'½il de Caïn est sur moi, je peux les entendre, même si je ne souhaite pas, je les entends, mes yeux se ferment et je pleure pour la première fois depuis longtemps, n'avait plus de larmes à verser sûrement, maintenant ce ne sont que larmes de désespoir et de pitié pour ces pauvres fous qui ne comprennent rien...je n'en peux plus...vite libérez Moi de tout cela...avant que je ne vende mon âme au diable ! L'audience reprend...
Le juge rentre est se place en face de moi et les jurés m'entourent tel des vautours prêts à se régaler de ma carcasse encore vivante, plaçant l'épée de Damoclès au-dessus de moi...le verdict va tomber...
...coupable...coupable...coupable...coupable...coupable...coupable...
...coupable...coupable...coupable...coupable...coupable...coupable...
Douze fois coupable qui sonnent comme douze coups de minuit, la nuit va enfin tomber sur ma vie insignifiante, une âme va enfin partir laissant place au prochain condamné...je pousse un soulagement aigre et baisse la tête sur le billot prêt à recevoir le coup de grâce...un mot étrange car la grâce se trouve à présent dans la mort, mais parfois la vie est plus cruelle que nous le pensons et si imprévisible que nous ne pouvons jamais savoir ce qui va nous arriver, j'aurais voulu profiter de cette vie mais je n'ai fais que la détruire, que la rendre compliquée et je vois enfin ma faute, mon erreur ultime, celle qui fait qu'en ce jour la sentence tombe sur moi, l'épée se retire, et tout le monde s'écarte, disparaissant dans le néant me laissant seul pour l'éternité, toute cette mise en scène est enfin terminée mais mon esprit ne trouvera pas de repos...
Mon crime le voici, je vous le dévoile honteux et accablé...
...avoir cru en l'amour et en une vie meilleure...
La sentence :
La vie à perpétuité...